
N°63 - La Myricaire d’Allemagne : disparition d’une espèce et d’un habitat du site Natura 2000
Fin 2023, le Comité de pilotage a validé la révision des Documents d’Objectifs et la remise à jour du diagnostic des habitats d’intérêt communautaire à l’origine de la création du site Natura 2000. Lors de l’actualisation de cet état des lieux, il est apparu qu’une espèce végétale et son habitat associé ont disparu des rives de la Neste.
Cette 63ème édition des « Jeudi Natura 2000 » présentera cet habitat, son intérêt et les causes possibles de sa disparition sur le périmètre.
La Myricaire d’Allemagne (Myricaria germanica) est un arbuste poussant au bord de certaines rivières européennes de montagnes et de vallées.
Caractéristiques de la Myricaire d’Allemagne :
- Taille : 1 à 2m de haut
- Feuillage : vert-bleuté, composé de très petites feuilles, qui disparaissent en hiver
- Fleurs : roses, visibles entre les mois de mai et de juillet
- Aspect général : rappelle un peu le Tamaris commun, qui est un de ses proches parents
Image 1 : fleur / © Crédit photo : THEVIN Jérémy (AREMIP)
Image 2 : rameau / © Crédit photo : THEVIN Jérémy (AREMIP)
Image 3 : fourré de Myricaire d'Allemagne / © Crédit photo : THEVIN Jérémy (AREMIP)
La Myricaire d’Allemagne pousse sur les bancs de graviers et de sables, soumis à des inondations régulières. On la retrouve souvent aux côtés de saules arbustifs, comme le Saule à feuille de romarin ou le Saule pourpre.
Caractéristiques de l’habitat d’intérêt communautaire associé :
Cette Myricaire caractérise à elle seule, la présence d’un habitat d’intérêt communautaire : le « 3230 - Rivières alpines avec végétation ripicole ligneuse à Myricaria germanica ». Les habitats d’intérêt communautaire sont des milieux naturels à forts enjeux européens, devant être préservés notamment dans le cadre des sites Natura 2000.
L’habitat 3230 est caractéristique des bancs de graviers ouverts, soumis à des inondations régulières et dont la végétation se compose d’arbustes et d’herbacées pionnières. C’est un habitat transitoire entre une végétation pionnière uniquement herbacée et un habitat plus arboré.
Lorsqu’un cours d’eau est fonctionnel, il y a des modifications de profil entrainant la disparition et l’apparition des bancs de galet au grès des épisodes de crues. La végétation pionnière suit les changements de ces milieux.
Evolution des surfaces dans les Pyrénées :
Dans les Pyrénées françaises, la Myricaire d’Allemagne semble avoir totalement disparu. L’une des dernières stations connues était sur la Neste d’Aure (2006, Jean-Michel PARDE, revu par Wilfrid Ratel en 2010 et 2012), au sein du site Natura 2000. Elle est cependant bien mieux représentée sur le versant sud des Pyrénées, en Espagne (Catalogne, Navarre et surtout en Aragon : 64 stations, pour 3 seulement en Catalogne).
Carte 1 : Répartition de l’habitat d’intérêt communautaire : le « 3230 - Rivières alpines avec végétation ripicole ligneuse à Myricaria germanica ».
Image 4 : Station de Myricaire d’Allemagne sur la Neste d’Aure (Grezian) en 2007, aujourd’hui disparue / © Crédit photo : THEVIN Jérémy (AREMIP)
La Myricaire était autrefois présente non seulement sur la Neste, mais aussi sur la Garonne et sur l’ensemble du bassin amont du Gave.
Un recul de plus d’un siècle montre une régression rapide de cette espèce. Bonnier signalait (1890) pour le bord de la Neste d’Aure, en amont d’Arreau « les principaux arbrisseaux sont des Myricaria germanica dans les délaissés de la Neste et de ses affluents ».
Cette espèce, qui était donc autrefois très présente sur la Neste, semble avoir complètement disparu de la rivière. La dernière station connue sur la Neste d’Aure a été détruite à l’occasion de la grande crue de juin 2013. Déjà, la station décrite par Nicolas Leblond en 2005 avait disparu en 2006, à la suite d’un terrassement. Des prospections effectuées plus en amont par l’AREMIP sur les affluents de la Neste en 2020, n’ont pas permis de retrouver l’espèce. La révision de la cartographie d’habitat effectuée en 2025 confirme également une disparition de l’espèce sur l’ensemble du site Natura 2000. Sur la Garonne, Belhacene (2010) la cite comme non revue depuis 1950.
Causes possibles de sa disparition :
Une partie de l’explication de cette situation semblerait venir des aménagements riverains successifs (endiguement, artificialisation des berges, arasement des atterrissements) effectués en amont de la rivière. Ils font disparaître le flux de semences de l’espèce et tendent à limiter le renouvellement des bancs de galets sur le site. Or, la Myricaire a besoin, pour se maintenir sur un cours d’eau, d’un substrat périodiquement bouleversé par des crues violentes, empêchant la colonisation des bancs de galets par des arbres.
Un travail devrait être mené en 2026 pour essayer de mieux comprendre les causes de disparition de l’espèce sur la Neste. Ce travail permettra d’estimer si l’espèce aura la capacité de recoloniser les milieux si la Neste redevient fonctionnelle.
L’enjeu pour le bassin de la Garonne :
L’un des plus gros enjeux sur les sites Natura 2000 en cours d’eau est la gestion du profil des rivières et de la dynamique sédimentaire. En effet, le bassin de la Garonne manque de matériaux permettant la diversité de profondeur et de débit d’eau, amenant une diversité de milieux. La disparation de certains habitats est un témoignage du déséquilibre de nos cours d’eau et de la nécessité de trouver des solutions pour retrouver des rivières fonctionnelles et résilientes face au changement climatique.
Cela est possible au travers de la politique Natura 2000 mais, aussi au travers de toutes les actions menées sur les territoires portés par des acteurs opérationnels de terrain et en premier lieu les structures ayant la compétence dite « GEMAPI* » comme les syndicats de rivières.
Afin de mettre en place un cadre stratégique cohérent à l’échelle du bassin Garonne, une étude sédimentaire portée par l’établissement public Garonne Gascogne et affluents pyrénéens a été menée. L’objectif étant de proposer des typologies d’actions cohérentes par secteur permettant à la Garonne de retrouver à terme son équilibre, et permettre aux habitats naturels de s’exprimer et de retrouver leurs fonctionnalités.
* gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations